Denis OULES Vendredi
15 Juin 2001
Monsieur
le Président d’EDF INTERNATIONAL et aussi Président de l’Association des
anciens élèves de l’X, cher François,
Monsieur
le Directeur Général Délégué de Gaz de France, cher Bernard,
Mesdames
et Messieurs les Présidents et Directeurs,
Chers
Amis,
1-1
Merci
d’être venu à cette manifestation ce soir : vous êtes en majorité des
anciens d’EDF ou de Gaz de France que j’ai eu l’honneur de servir, d’anciens
collaborateurs que j’ai eu le plaisir d’orienter parfois, des collègues avec
qui j’ai partagé des moments forts.
Si vous ne vous reconnaissez pas
tous, c’est parce que vous êtes aussi des amis extérieurs à ces entreprises,
que j’ai eu le plaisir de rencontrer dans les étapes de ma vie professionnelle,
et quelques amis plus récents avec qui j’espère prolonger la relation dans mes
futures activités.
1-2
C’est donc avec une émotion réelle,
mais aussi un grand plaisir que je vous retrouve ici, dans ce quartier latin un
peu mythique ; et je vous dois d’abord une explication : pourquoi
avoir choisi ce lieu des anciens locaux de l’école polytechnique ? Est-ce
parce que Saint Denis y prêcha l’évangile au IIIème siècle avant
d’être exécuté au pied de la Butte Montmartre, ce qui ne l’empêcha pas de
continuer sa route jusqu’à la ville qui porte son nom en portant sa tête sous
le bras ?
1-3
Non :
tout simplement, je suis arrivé ici à l’âge de vingt ans, au mois de Juin 1964,
découvrant Paris, pour passer les oraux des concours de grandes écoles
d’ingénieurs. Je fus « alpha » dans cette étape, et je vais évoquer
mon chemin avec quelques lettres de l’alphabet grec: pas toutes jusqu’à
« oméga » ! mais je passerai par « bêta » , « gamma », « epsilon »,
« lambda »…
1-4
Je
vais donc me pencher, suivant la tradition, sur mon parcours d’abord, vous
donner ma vision de l’avenir ensuite pour ceux qui continuent dans le métier
que j’ai aimé, ainsi que de mon projet avec mes nouveaux partenaires.
Ensuite, bien sûr, je vais exprimer mes remerciements à vous tous et à ceux qui ont été empêchés de nous rejoindre.
Puis je terminerai en esquissant quelques réflexions sur
moi-même.
2-1
Avant
d’être « grand alpha » ici, je fus « petit alpha » dans un
hameau perdu du Tarn, né dans une famille de paysans très pauvres, avec
l’occitan comme langue maternelle: j’ai souvent entendu « té bos cala,
poulissoun ? que baou diré en là lou moundé ? », ce qui
signifie : « veux tu te taire, polisson ? que vont dire les
gens ?».
2-2
Il
est certain que j’ai eu très tôt un penchant pour l’innovation : j’ai le
souvenir, à l’âge de cinq-sept ans, des outils de mon père que j’abîmais, en
prétendant lui proposer des améliorations incessantes de l’outillage agricole
pour réduire la pénibilité de nos travaux ! et mes frères et sœurs vous
diront (mon jeune frère ici présent peut en témoigner) que j’étais
insupportable !
2-3
J’ai
été « castrais » à l’âge de onze ans seulement, en découvrant le
lycée Jean Jaurès de Castres, et un professeur remarquable de mathématiques m’a
orienté vers les classes préparatoires aux grandes écoles du Lycée Pierre de
Fermat à Toulouse, ville découverte à l’âge de 18 ans.
2-4
Il
faut croire qu’à vingt ans, l’accent que j’ai encore, importunait beaucoup mes
examinateurs dans ces locaux ici même puisque, prononçant
« epsilon » au lieu de
« epsilôn», on m’a enlevé un point dans un oral de mathématiques !
2-5 Après « alpha » et « epsilon », je me souviens de « bêta » et « gamma ». En effet, pour mon argent de poche, je donnais des leçons particulières ; c'est ainsi que je fis la connaissance de Corinne le 21 Octobre 1965 et, malgré ma vigilance exprimée le soir de ma première leçon de physique (à mon ami André FERRAS, ici présent), je l’ai invitée au « point gamma », célèbre fête des élèves de l’X ouverte à tous les publics, et puis j’ai souvent fait le « bêta » pour lui rendre visite (cela consistait à faire le mur en prenant appui sur une tête de bélier qui donne sur le square Paul LANGEVIN tout proche), avant de l’épouser en 1968, année mémorable pour beaucoup : mais ceci ne relève pas des souvenirs professionnels …
2-6 Au même moment, j’ai choisi de rentrer à EDF et Gaz de France , séduit par leur « sergent recruteur » de l’époque MARTIN-SCHMIDT . Après un stage de fin d’études prémonitoire en Amérique du Sud (un mois dans une aciérie au CHILI, et un mois de voyage au PEROU et au BRESIL en terminant par RIO DE JANEIRO), j’ai fait mon service militaire chez les artilleurs alpins, puis complété ma formation pour EDF avec les deux dernières années d’études de l’Ecole Supérieure d’Electricité.
2-7 En Juillet 1969, à l’issue d’un stage dans les labos de la recherche d’EDF où j’ai pu déposer (avec mon binôme Jean-Paul GEORGE, directeur à Gaz de France) une innovation pour les cryoalternateurs du futur dans une enveloppe SOLEAU, cap sur mon premier poste de responsabilité : j’avais accepté LILLE pour être sûr de redescendre vers le midi !
2-8 Dès les premières semaines, je découvrais un jeu d’acteurs incompréhensible pour des observateurs externes, dans ce système d’entités nées après la guerre, dont Pierre DELAPORTE (notre ancien président) disait qu’elles étaient le fruit d’un accouplement long et hideux des ingénieurs X-Ponts avec les communistes de la CGT, et qui remplissaient pourtant une mission très noble !
2-9 Avec le recul, je peux dire que mes dix premières années de vie professionnelle sur le terrain m’ont profondément imprégné de certaines convictions :
-
d’abord
la fierté de servir des « établissements publics à caractère industriel et
commercial » (c’est le terme juridique toujours pertinent) dont la
finalité est porteuse de valeurs riches, avec les mots clés
« énergie », « solidarité », « équité de
traitement », « continuité de service », etc. ;
-
ensuite
la satisfaction de pouvoir mesurer avec précision les progrès de productivité
obtenus jour après jour (paradoxalement, on ne voit pas un électron ni une
molécule de gaz, mais on les mesure avec précision !) alors qu’une telle
évaluation est très incertaine dans les autres activités de la fonction publique.
-
enfin
la chance de soumettre les options de gestion au dialogue social
institutionnalisé, dans un processus de concertation ignoré des entreprises
classiques.
2-10 Mais hélas, j’ai très vite compris que le drapeau des valeurs dont je pouvais tirer une fierté, était confisqué par les représentants syndicaux du personnel, et plus grave encore, que le pouvoir leur était abandonné par les Directions, nourrissant un corporatisme que je devinais suicidaire à terme.
2-11 Après donc des responsabilités de terrain à LILLE, AURILLAC, CHATEAUROUX (Corinne apprenant le jour de chaque naissance de nos trois premiers fils la prochaine destination), puis un passage dans les services économiques parisiens de Gaz de France où j’ai eu le plaisir de travailler avec Jean-Daniel LEVI, ici présent qui est devenu ensuite tuteur d’EDF et Gaz de France au Ministère de l’Industrie, j’ai entamé une deuxième décennie exaltante.
2-12 A LYON d’abord, à CARCASSONNE ensuite, puis à MELUN pour la SEINE ET MARNE, j’ai mis en œuvre mes convictions pour récupérer le drapeau et le discours associé des valeurs de « service public » : j’ai pratiqué une dialectique de responsabilité avec mes partenaires sociaux. C’était sportif, particulièrement à LYON et dans l’AUDE, sous des formes très différentes : que de moments riches, patients et intenses partagés avec les plus proches collaborateurs; et que de satisfactions ! Je peux dire que, dans mes responsabilités managériales, j’ai toujours respecté mes partenaires sociaux : parce qu’ils connaissaient mes origines sociales et mes convictions équilibrées : ils n’ont jamais eu à mon égard les comportements excessifs que l’on a pu déplorer ailleurs …
2-13 J’étais jeune, innocent, et avec un petit noyau d’autres collègues comme moi, précurseur et innovant pour donner aux plus anciens le courage d’assumer pleinement nos responsabilités. Avez-vous le souvenir du dernier épisode de ce long mouvement ? Janvier 1987 fut la dernière grève avec coupures de courant, et c’était aussi mon premier jour de responsabilité en SEINE ET MARNE ! Mais je ne veux pas abuser de votre attention, même si je pourrais vous intéresser longtemps en illustrant ces évolutions par de multiples anecdotes qui mériteraient l’écriture de «chroniques électriques et gazières» .
2-14 Dès mes responsabilités de directeur départemental dans l’AUDE (où j’ai pratiqué l’occitan !), et avec l’impulsion de Jean GUILHAMON (ici présent ce soir), directeur général de l’époque, de François AILLERET et de Bernard LAGRANGE, j’ai privilégié l’innovation managériale avec des enquêtes et tables rondes auprès des clients (des usagers qui n’ont pas encore tous les choix possibles) : cela paraît banal aujourd’hui, mais cela ne l’était pas il y a vingt ans avec nos syndicats et avec les représentants socioprofessionnels des consommateurs.
2-15 En SEINE ET MARNE, j’ai eu la satisfaction de convaincre les agriculteurs qui avaient commencé à démonter clandestinement les pylônes en construction de la ligne connectant la centrale nucléaire de NOGENT SUR SEINE sur Paris, de l’accepter, au grand soulagement du préfet Christian BLANC. Et aussi d’engager les responsables d’Eurodisney à choisir nos énergies à l’exclusion de toute autre, afin de préserver un développement durable …
2-16 Dans ma dernière décennie au service d’EDF et Gaz de France, j’ai eu la chance d’anticiper sur des évolutions inéluctables, et de m’ouvrir à d’autres horizons vers lesquels je continuerai à cheminer. En février 1989 (il y a plus de douze ans), en vue de motiver ma cinquantaine de responsables locaux, j’ai conçu deux scénarios d’ « économie fiction » pour illustrer les avenirs possibles d’EDF et Gaz de France :
-
un
scénario de cauchemar que je présentais le matin pour montrer les risques
encourus si nous poursuivions nos dérives suicidaires,
-
un
scénario de rêve, en fin d’après midi, pour choisir la voie salutaire .
Je dois vous avouer que ces scénarios n’ont pas vieilli et sont toujours
d’actualité ! Si certains parmi vous souhaitent les relire, je les leur
enverrai par Internet.
2-17 C’est sans doute parce que le deuxième scénario plaisait à Pierre DAURES, qu’il m’a demandé il y a dix ans de développer des activités nouvelles et concurrentielles : avec la naïveté et l’enthousiasme des néophytes, et une équipe de pionniers, j’ai exploré les activités de vidéotransmission, de télésurveillance, de systèmes d’information géographique, de traitement des déchets et d’éclairage public, jusqu’à ce que les « fontainiers » qui s’appelaient GENERALE DES EAUX et LYONNAISE DES EAUX demandent au Ministre de l’Industrie Gérard LONGUET de stopper nos actions. Il est vrai que mes directeurs avaient ignoré l’ordonnance du 1er décembre 1986 sur la concurrence qui fixait des limites à nos ambitions …
2-18 1985-1995 fut une époque formidable que j’ai résumée dans un mémo qui pourra servir de jalon dans l’histoire d’EDF avec le titre : « les activités nouvelles ou les prémices d’une métamorphose » ; parce que le défi actuel que les présidents François ROUSSELY et Pierre GADONNEIX s’efforcent maintenant de relever, est bien au sens biologique du terme une métamorphose !
2-19 J’ai poursuivi ensuite grâce à Michel TESCONI la belle histoire du « spin-off » de l’éclairage public depuis EDF, par CITELUM aujourd’hui confiée à DALKIA, et j’ai découvert d’autres paysages :
-
celui
des études prospectives en Europe avec d’autres entreprises de réseaux, en
apportant avec Christian STOFFAES des pistes de réflexion dont nos dirigeants avaient besoin ;
-
la
dure réalité des investissements internationaux à 10 000 km de notre
clocher : pendant quatre ans depuis 1996, j’ai appuyé quotidiennement
l’équipe détachée par EDF dans LIGHT à RIO DE JANEIRO et SAO PAULO, et j’ai
appris le portugais avec délectation;
-
enfin,
depuis huit ans et dans le sillage de Jean GUILHAMON, j’ai participé aux choix
d’investissement de SIPAREX (groupe financier qui apporte des capitaux propres
aux jeunes entreprises en fort développement ou innovantes).
3.1 Avais-je épuisé les charmes d’EDF et Gaz de France au moment où les défis de leur nécessaire métamorphose arrivent ? Peut-être pas ! Mais j’ai pensé qu’il valait mieux changer de terrain de jeu sans attendre le gong brutal et proche d’une cessation d’activité: si j’étais joueur de golf, je préférerais, sans doute, au 17ème trou, ne pas m’entêter pour le 18ème en cessant soudainement un jeu sur un terrain clos, balisé, propre et confortable d’une grande entreprise. Je choisis le risque de franchir les limites du golf, attiré que je suis par l’immensité broussailleuse, non aseptisée et pleine de vie qui se développe au delà du 18ème trou…
3.2 Pour vous cher collègues qui poursuivez les transformations engagées, je sais que l’avenir vous réserve autant de satisfactions que celles que j’ai récoltées. Certes, dans le demi siècle que Marcel BOITEUX et ses disciples avaient construit, EDF et Gaz de France étaient porteurs des valeurs de « service public » que j’ai déjà évoquées ; dorénavant, les autorités publiques européennes et nationales, les nouvelles autorités de régulation, ont récupéré la responsabilité de fixer ces missions.
3.3 Mais vous restez les joueurs – sur le terrain- de la compétition, les inventeurs des figures de jeu qui susciteront l’applaudissement de vos prouesses, et des but marqués sur les concurrents, ou des concours de qualité et de beauté gagnés, avec pour juge suprême la satisfaction et la fidélité de vos clients : si les mots clés changent un peu (il s’agit maintenant de « services essentiels et collectifs », de « service universel » …), les finalités demeurent. Je vous souhaite donc encore du courage, de l’enthousiasme et ensuite des réussites dans vos initiatives.
3.4 Quant à moi, je choisis donc un nouveau terrain d’aventures, j’espère pour dix à quinze ans, en contribuant au développement d’activités innovantes. Dorénavant, ma raison sociale est INNOVADEV (SARL familiale), et j’apporte mon concours à SPINNOVE, société anonyme fondée par Daniel LEBIDOIS, camarade de promotion à Supélect (bon anniversaire, Daniel, puisque tu es né comme moi un 15 juin !), avec deux autres associés :
Dominique MARRE que j’ai sans doute bizuté ici il y a 36
ans, et Bernard FORT, jeune centralien créateur de start-up.
3.5 SPINNOVE a pour ambition d’aider les grandes entreprises à réussir des « spin-off », c’est-à-dire l’essaimage ou le bouturage d’activités dans de jeunes entreprises :
-
si vous êtes directeur de la
recherche, et si des brevets ne sont pas utiles à votre métier principal,
SPINNOVE vous propose de les valoriser dans des « spin-off ».
-
si
vous êtes directeur des ressources humaines et si d’excellents cadres qui
étouffent dans la technostructure menacent de vous quitter pour aller chez un
concurrent, SPINNOVE vous conseillera de les fidéliser en leur confiant un
« spin-off ».
-
et,
si vous êtes directeur du marketing à qui on propose un produit nouveau, sur un
marché à faire émerger très vite, au risque d’altérer l’image de marque
patiemment construite, et bien SPINNOVE vous propose de tester sans risque ce
produit avec un «spin-off», quitte à l’internaliser (« spin-in »)
ensuite si la nouvelle entreprise réussit.
3.6 A côté de SPINNOVE, j’ai déjà un pied dans le développement économique local du pays de Fontainebleau, et je compte bien consolider mon enracinement.
4.1
J’en
viens maintenant aux remerciements ; merci d’abord à ceux qui m’ont
accordé leur confiance et avec qui j’ai
eu des relations de complicité : ils regrettent pour beaucoup de ne pas
avoir pu nous rejoindre ce soir : Thadée TUR, Gérard ANJOLRAS, Jacques LE
MONNIER prématurément décédé, Daniel PRODHON, André BOULEUC et Jean-Daniel
LEVI, Jacques YVIQUEL surtout qui m’a très longuement téléphoné ces jours-ci,
Bernard LAGRANGE et Pierre DAURES.
4.2
Merci
à ceux qui ont su inspirer nos actions après Marcel BOITEUX : Jean
GUILHAMON, Jean BERGOUGNOUX, Pierre DELAPORTE… dont je n’oublierai pas le
scénario de rêve qu’il nous a livré en juin 1992 à SEVILLE, et qui se réalise
actuellement pour sa partie internationale.
4.3
Merci
à mon équipe rapprochée plus récente, Jean-Michel RESSAIRE, Henri NICOLI,
Olivier PAUL, Bernard BONNET, Michel TESCONI, Jean-Rémi CAUQUIL, Guy-Philippe
OSWALD et tous ceux que je ne peux citer : qu’ils me pardonnent.
4.4
Merci
à mes assistantes Valérie LECONTE, Valérie JOLIVOT, Béatrice THIBAULT et
Véronique KEKLIKOGLU ;
4.5
Je
remercie aussi des amis extérieurs qui m’ont parfois conseillé et qui sont
empêchés ce soir d’être avec nous : pour ces absents, et tous ceux qui
m’ont exprimé le regret de ne pouvoir être ici ce soir, le mot portugais de
« saudades » me vient à l’esprit car il signifie
« absence de présence ».
4.6
Enfin,
merci à Bernard LEBLANC dont la contribution à la métamorphose sans crise de
Gaz de France est unanimement reconnue et appréciée, et merci à toi, François,
pour les mots que tu as prononcés, et pour la voie que tu nous as
ouverte : j’ai le souvenir de ce jour de Mai 1984, où ton discours de
clôture des journées annuelles de travail des chefs de centre fut ovationné,
car il dessinait un projet d’entreprise
mobilisateur qui a donné le signal d’une évolution profonde, poursuivie
cinq ans plus tard par Pierre DAURES : tu es et tu resteras la référence
pour les cadres supérieurs de ma génération.
4.7
Et
puis merci à tous ceux qui, conformément à une tradition interne, ont voulu
marquer par un cadeau cette étape : avec Corinne, nous avons choisi de
concrétiser votre cadeau dans un prochain voyage en Sicile, à Syracuse, pour y
retrouver peut être les traces historiques d’un certain tyran Denis ; ce
sera en octobre prochain, et cela nous permettra d’avoir encore une pensée
tournée vers chacun d’entre vous.
5.1
Au
terme de cette évocation du passé, de cette esquisse de l’avenir, et après ces
remerciements qui viennent du fond du cœur, j’ai promis de vous faire part,
très brièvement, de mes sentiments personnels. A vingt ans, mon projet
implicite dans les repères de la société d’alors, était un progrès dans la
sphère sociale, une famille, et la trace pour les générations futures par les
enfants qui prolongeraient ce parcours.
5.2
Je
dois confesser aujourd’hui que ce projet est bien engagé: après nos trois
premiers fils qui continuent sur ce chemin et qui ont déjà fait cinq
« spin-off » (des petits enfants), en attendant un sixième en août
prochain, nos trois enfants suivants qu’avec Corinne nous avons délibérément
fait par plaisir et pas seulement par devoir, maintiennent chez nous l’exigence
de la jeunesse.
5.1
A
ce stade, vous me permettrez de remercier publiquement Corinne, pour sa
contribution remarquée à ce que j’ai pu faire pour EDF et Gaz de France :
très intelligente (parfois trop pour moi !) et cultivée, elle a été et reste
une épouse très particulière, une mère plus que parfaite !
5.2
Pour
mes collaborateurs et partenaires, comme pour mes enfants, j’ai toujours
exprimé le courage de mes convictions et la liberté de pensée : je me
préserve de l’enfermement dans des réseaux, et je cultive l’esprit
d’anticipation, quitte à avoir parfois raison trop tôt et à ne pas être «time
into market »…
5.3
Mais
je reste réaliste parce que mon père répétait souvent, « tu, sious trop
intellitsent per demoura aqui, et pla trop couillo per ana en dacon maï »,
ce qui signifie: « toi, tu es trop intelligent pour rester ici ; mais
tu es trop couillon pour aller ailleurs ! » ; il voulait me
rappeler que j’étais « lambda », lettre médiane de l’alphabet grec…
5.4
Quoiqu’il
arrive, je reste attaché à cette réflexion de Paul VALERY qui citait ce qu’il
qualifiait de devise aristocratique : « La devise de liberté et
d’égalité suppose la force d’être libre et la volonté d’être égal : ce
sont là des vertus. Si ces vertus se dérobent, la facilité tend au désordre, et
la volonté d’égalité se distingue mal de l’envie ».
Comptez
sur moi chers amis pour rester fidèle à cette devise républicaine.
Merci
à tous.